#39 Entretien privilégié avec Sibylle de Tavernost, fondatrice de Maison S

Après huit années passées dans le parfum en marketing développement, Sibylle de Tavernost décide de faire de la création son cœur de métier. En 2017 elle lance ainsi Maison S, une marque de déco « couture et sur-mesure ». Proposant des tapis et du mobilier personnalisés, cette designer de 33 ans mixe artisanat et design avec succès, tout luttant contre l’uniformisation. Explications.

 

1/ L’une des devises de Maison S est « Une histoire derrière chaque produit ». Alors justement quelle histoire se cache derrière Maison S ?

C’est drôle car avant de créer Maison S, je n’avais jamais acheté un tapis de ma vie, ni même jamais vraiment refait la déco de mon appart… Si je me suis lancée là-dedans en fait, c’est moins pour la déco en soi que pour l’amour de la créativité. Et à mon sens, la plus-value de Maison S, c’est justement cette créativité que je mets au service du client, dans le sens où je propose du sur-mesure avec la possibilité pour le client de s’intégrer dans le processus de création, que ce soit pour les tapis ou le mobilier.

J’ai quelques modèles phares et un large choix dans mon catalogue mais l’idée c’est vraiment de faire participer le client, particulier ou professionnel, en composant ensemble une pièce dans les tailles, formes et couleurs qui lui plaisent, et surtout avec un dessin unique travaillé sur le base de ce qu’il aime.

 

2/ Comment ta créativité se différence-t-elle des autres ? As-tu une signature particulière ?

Quand je me suis lancée dans le mobilier, beaucoup de choses existaient déjà mais il y a une chose que je n’avais encore jamais vue, c’est l’idée de broder le bois avec une autre matière : le cuir. Je trouve que cela apporte une touche d’élégance qui finit la pièce et qui différencie par exemple un bureau en chêne massif d’un autre.

Une signature fait-main réalisée par mes soins à la toute fin du processus de fabrication qui reste évidemment une simple proposition, sachant que je fais aussi du mobilier sans.

Concernant les tapis, étant donné que c’est du sur-mesure fait-main et que les dessins sont travaillés en fonction des attentes du client, chaque pièce est par définition unique

 

3/ Peux-tu nous expliquer le processus de fabrication des produits ? 

Tout commence par un rendez-vous où l’on choisit ensemble les différents composants à partir de dessins déjà existants, d’échantillons ou en fonction des souhaits du client : le design, les couleurs, les matières, les dimensions, l’essence du bois, s’il y aura une signature brodée ou non… Si besoin, je peux évidemment faire des propositions. Ensuite, je dessine les plans et les modèles que j’envoie à mes différents ateliers. Là-bas, ils procèdent à la fabrication des produits de manière totalement artisanale : tissage, découpe, séchage au soleil… Puis les pièces sont enfin livrées au client.

N.B : Fourchette de prix en bas de page.

 

4/ D’où te viennent tes inspirations ?

Pour commencer, de mon grand-père, Antoine Bellet de Tavernost, qui peignait à ses heures perdues. D’ailleurs, j’aimais le fait qu’il ne soit pas peintre et que cela soit davantage une passion. J’aime également beaucoup l’esthétique abstraite de Vassily Kandisky, Joan Miro et Pablo Picasso.

Dessin original d’Antoine Bellet de Tavernost

Dessin original d’Antoine Bellet de Tavernost

Dessin original d’Antoine Bellet de Tavernost

Dessin original d’Antoine Bellet de Tavernost

De manière générale, je ne regarde pas trop ce que fond les designers en déco. Mes inspirations viennent d’ailleurs, comme de la céramique ou de la photographie. « La Terre vue du ciel » de Yann Arthus Bertrand m’inspire par exemple beaucoup. 

 

5/ L’un des principaux défis revendiqué par Maison S est « d’allier la sensibilité, l’émotion et l’humanité au design ». As-tu l’impression que dans le domaine de la déco, les gens sont sensibles à ces valeurs ? 

Je ne suis pas anticonsumériste du tout, en revanche, je pense qu’il faut aller vers des esthétiques plus pures dans leur confection. Je pense que les gens sont sensibles au fait que les objets soient uniques, qu’ils aient une histoire et surtout qu’ils soient fabriqués de manière artisanale dans de bonnes conditions.

En fait, à mon sens, ce business repose principalement sur l’humain. J’ai tissé des relations avec des artisans en Inde et au Népal qui ont construit progressivement l’atelier de Maison S. Je leur ai apporté l’esthétique, eux m’ont apporté un vrai savoir-faire, et ce qui nous connecte, c’est l’humain et ces cultures complètement différentes. 

Pour le mobilier, j’ai préféré la France car on a des bois d’exception grâce auxquels on peut faire de très belles choses. On essaye d’ailleurs dans la mesure du possible de travailler avec du bois recyclé. Par exemple, le bois de ma table à manger provient d’un tilleul qui a été abattu sur la place de Dijon car il avait été foudroyé. Je n’ai pas envie de le mettre en avant car je pense que cela va progressivement devenir la norme et que je n’ai pas envie d’en faire un argument marketing, mais c’est certain que cela donne une touche et une histoire intéressantes. Je pense d’ailleurs que les gens commencent à être très sensibles au made in France.

 

6/ En quoi le sur-mesure participe-t-il à un mode de consommation plus responsable selon toi ? 

Je pense que le sur-mesure implique davantage les gens. Ils réfléchissent plus afin de créer la pièce qui s’accordera parfaitement avec leur intérieur et qui racontera une histoire dans ce décor. Du coup, généralement, on achète moins mais on achète mieux. Même le délai de fabrication et de livraison des pièces permet de prendre le temps de la réflexion, sachant que pour le mobilier, il faut compter environ huit semaines et pour les tapis jusqu'à dix semaines.

En fait, le sur-mesure permet d’éviter l’accumulation. C’est plus joli d’être dans un espace épuré avec quelques très belles pièces, mieux sélectionnées, bien faites, qui vont durer et surtout que l’on aime vraiment. Après, rien n’empêche d’allier différentes démarches. Il y a de très jolies choses chez Ikea ou Habitat, que l’on peut compléter avec quelques pièces phares pour se différencier. La déco, c’est un vrai budget mais il suffit d’être malin et de savoir prioriser.

 

7/ Sur le site, tu mets en avant ton goût pour le voyage et les cultures étrangères. As-tu un pays ou une culture de prédilection ? 

J’aime beaucoup l’Afrique ! En fait, Maison S réunit deux esthétiques en apparence radicalement opposées : l’esthétique nomade et l’esthétique contemporaine. D’inspiration africaine, l’esthétique nomade arbore un aspect assez « brut », prônant des tonalités neutres comme l’ocre et le marron, et des matière naturelles comme le bois, le cuir ou la toile de jute. Tandis que l’esthétique contemporaine relève davantage du travail des formes, comme la représentation abstraite de la Terre ou d’autres éléments organiques. C’est une esthétique très épurée.

Et ce qui m’amuse, c’est justement de casser les codes et mixer deux styles différents pour essayer de composer un univers singulier vraiment propre à Maison S.

 

8/ On a récemment écrit un article pour aiguiller les newbe en déco. Et toi, quels conseils leur donnerais-tu ? 

Déjà de ne surtout pas se précipiter ! En déco, on a toujours tendance à tout vouloir acheter d’un coup par peur de vivre dans un espace vide mais en réalité, il faut y aller étape par étape et prendre le temps de choisir des pièces qui s’accordent réellement.

Ensuite de ne pas surcharger la déco d’un pièce ! Comme je le disais, il vaut mieux privilégier le côté épuré avec des pièces fortes

Et enfin de ne pas se cantonner à une esthétique unique mais au contraire, d’oser le contraste !

 

9/ Qu’est ce qui est essentiel selon toi dans un intérieur ? 

Réussir à créer une atmosphère qui donne envie d’y rester. Il faut s’y sentir bien. 

 

10/ Des marques de déco que tu affectionnes particulièrement ?

Valentine H. Despointes qui travaille merveilleusement bien le cuir en mettant sa créativité au service de la matière. Elle est pour moi ce qui se rapproche le plus d’Hermès, dont l’esthétique combine à la fois l’esprit nomade et le luxe, tout en plaçant la matière au cœur du processus de création. J’adore d’ailleurs également la philosophie de Petit H qui propose des objets design fabriqués à partir de la matière non utilisée d’Hermès.

Plateau Valentine H. Despointes

Plateau Valentine H. Despointes

Chaise Equis d’Hermès

Chaise Equis d’Hermès

Vide poche Valentine H. Despointes

Vide poche Valentine H. Despointes

Pince à linge Petit H

Pince à linge Petit H

 

11/ Trois comptes Instagram à suivre ?

@studiolowsheen, un studio d’architecture d’intérieur et design basé en Australie, @malbecgalerie qui expose les œuvres de Pierre Malbec et le compte Instagram de la marque de prêt-à-porter ARJÉ (@arje).

 

12/ Un coup de cœur chez Adjamée ?

J’ai un faible pour les coussins en Bogolan de la collection Côte d’Ivoire et les coussins en Wax de la collection Ghana. Tout le monde s’est mis au Wax mais peu sont ceux qui ont réussi faire du Wax avec des couleurs osées et des designs forts, tout en restant élégant. 

Coussin Bogolan Cible  - Collection Côte d’Ivoire

Coussin Bogolan Cible - Collection Côte d’Ivoire

Coussin Forêt Orange  - Collection Ghana

Coussin Forêt Orange - Collection Ghana

Coussin Bogolan Frise  - Collection Côte d’Ivoire

Coussin Bogolan Frise - Collection Côte d’Ivoire

J’aime également les miroirs, objets à l’origine assez classiques que Talissa a réussi à twister dans leur esthétique grâce à un tissu original. C’est le genre d’objet de décoration qui ajoute une touche unique et novatrice dans un appartement. 

De manière générale, j’aime beaucoup la philosophie d’Adjamée. Cette idée de « quête du tissu parfait » rejoint d’ailleurs un peu la philosophie de Maison S, à savoir une sélection d’objets assumée à travers l’œil de Talissa.   

Miroirs  disponibles en petit et grand format

Miroirs disponibles en petit et grand format

Showroom Maison S, 21 rue Bonaparte, Paris Vie
* Petit déco à partir de 60 euros
* Mobilier à partir de 400 euros
* Tapis à partir de 800, prix moyen 1 700 euros

 

Propos recueillis par Maïlys Derville