#37 Entretien privilégié avec Marion Ruilhat, fondatrice d'Herbarium

Stéphanie Smith / Septem

Stéphanie Smith / Septem

Il y a un peu plus de 2 ans, Marion lançait Herbarium avec sa sœur, Pauline. Outre une profonde envie d’entreprendre, le duo voulait avant tout remettre au goût du jour les herbiers, souvent considérés comme des éléments de déco désuets. Pari réussi pour Marion qui tient désormais seule les rennes de cette start-up et enchaîne les succès, avec au compteur trois récentes collaborations - Sézane, Bergamote & Make My Lemonade - et l’ouverture d’un pop-up store fin 2018 dans le Marais.

 

1- Peux-tu nous raconter les débuts d’Herbarium ?

À l’origine, je ne viens pas du tout de ce milieu… J’ai fait des études de commerce avant de débuter une carrière dans la finance de marché, à Londres.
En fait, Herbarium s’est fait assez progressivement. J’ai toujours bien aimé la déco, notamment les herbiers que ma mère chine depuis que je suis petite. Au début, j’ai commencé à en fabriquer pour décorer mon appartement, puis rapidement, j’ai été prise d’un véritable engouement. J’ai commencé à lire plein de choses sur le sujet, à rencontrer des gens, à tester différents types de fleurs…

Malgré tout, c’est resté pendant longtemps à l’état de hobby. Le déclic est venu plus tard, en en parlant à ma sœur qui travaillait elle dans la mode, un milieu plus créatif. C’est à partir là qu’on a voulu créer une marque moderne d’herbiers, se rendant compte qu’il n’en existait pas. Au début, j’ai essayé de m’en charger en parallèle de mon travail jusqu’au moment où c’est devenu trop prenant. J’ai alors décidé de m’y consacrer à temps plein avec ma sœur.

 

2- Sur votre site, vous mettez en avant « l’artisanat » et le « made in Paris », concrètement, comment vos tableaux sont-ils fabriqués ?

En fait, on utilise la technique classique de l’herbier tel que l’on pouvait le faire avec un dico en cours de SVT ou avec nos grands-parents. On lave et on sèche des plantes fraîches, que l’on presse ensuite dans un mille-feuille de papier assez absorbant, de type buvard, puis on ajoute ensuite du poids par dessus. C’est le même principe que si l’on mettait des fleurs dans un dictionnaire, c’est juste que l’on a une presse plus sophistiquée avec un papier plus technique. Généralement, cela prend entre 2 semaines et 2 mois, les plantes tropicales nécessitant par exemple beaucoup de temps.
Au début, on pressait tout nous-mêmes et avec le temps, on a développé des partenariats avec des fournisseurs qui nous pressent certaines choses, même si on continue aujourd’hui encore à en presser une partie.

Une fois que ce processus est terminé, on passe ensuite à l’étape de la composition. Là aussi, cela peut être assez court mais également très long pour les modèles complexes. Pour fabriquer les tableaux, on utilise une colle qui n’est pas abrasive pour les végétaux et qui fait que l’herbier peut durer dans le temps sans altérer la couleur des plantes.

 
 

3- Où puises-tu tes inspirations ? Comment choisissez-vous par exemple les fleurs ?

Un peu partout finalement. Je m’inspire aussi bien de vieux herbiers traditionnels que de choses plus contemporaines, comme la mode ou ce que j’observe autour de moi.

En ce qui concerne le choix des fleurs, plusieurs paramètres entrent en jeu. Le pressage déjà, qui se fait en fonction d’un calendrier de saisons, et le choix de nos modèles, qui dépend lui aussi de plusieurs choses. Déjà, qu’est-ce qui est prenable et qui va être joli pressé ? Car ce n’est pas le cas de tous les végétaux. Ensuite, même si c’est joli pressé, il faut que cela nous inspire et que l’on ait envie d’en faire une composition qui soit jolie en tant que tableau.
Et troisièmement, la symbolique, qui nous importe aussi beaucoup. Dans notre collection permanente, on donne par exemple les informations botaniques de chaque végétal ainsi que sa symbolique, basée sur de vraies histoires et anecdotes.

 
ERABLE PALMÉ SÉRÉNITÉ   Informations Botaniques   L’érable palmé tient son nom de la forme si reconnaissable de ses feuilles pouvant prendre des teintes variées. Pas de surprise à ce que cette espèce incarne la sérénité, le calme et l’observation : déjà les druides se référaient à l’érable palmé ou « messager des dieux » pour concocter potions et onguents. Les vertus protectrices de l’érable japonais sont aussi appréciées en Asie, dont il est originaire.

ERABLE PALMÉ
SÉRÉNITÉ

Informations Botaniques

L’érable palmé tient son nom de la forme si reconnaissable de ses feuilles pouvant prendre des teintes variées. Pas de surprise à ce que cette espèce incarne la sérénité, le calme et l’observation : déjà les druides se référaient à l’érable palmé ou « messager des dieux » pour concocter potions et onguents. Les vertus protectrices de l’érable japonais sont aussi appréciées en Asie, dont il est originaire.

 

4- Est-ce que selon toi, à l’instar d’une fleur pressée, la déco dure toujours ?

C’est drôle, je me suis justement faite la réflexion aujourd’hui ! En ce moment, je crée des moodbooards d’inspiration pour préparer mon mariage qui aura lieu en septembre prochain, et en réalité, j’ai beau trouver beaucoup de choses jolies, quand il faut faire des choix pour un événement qui restera “gravé”, j’ai envie de choses très classiques et intemporelles…

Des intemporels qui résistent aux tendances et durent dans le temps, comme le cannage par exemple. Je me souviens qu’il y en avait plein chez moi quand j’étais petite, et là ça redevient à nouveau très branché. C’est un éternel recommencement, à l’instar de la mode.

 
 

5- À ton avis, que recherchent les gens à travers la déco aujourd’hui ?

Cela fait quelques temps déjà que l’on observe un engouement pour les produits « traçables », ce qui explique d’ailleurs la vocation de marques comme Adjamée ou Herbarium. Les gens ont envie de savoir ce qu’il y a « derrière ». Ils ont envie d’un produit humain.
D’ailleurs, ce n’est pas une tendance qui touche uniquement la déco mais une tendance de fond qui touche toute notre société et qui traduit un ras-le-bol de cette consommation effrénée. Désormais, on recherche plus des produits qui ont du sens et une histoire… Des produits que l’on comprend.

 
 

6- Dans l’imaginaire collectif, on associe souvent les fleurs aux femmes. Chez Herbarium, avez-vous également une clientèle masculine ?

On a en effet une majorité de femmes mais on a tout de même beaucoup d’hommes. D’ailleurs, on a des modèles d’herbiers plus masculins, avec des motifs plus végétaux que floraux.
Cela dit, c’est vrai que comme nous sommes une marque qui parle globalement davantage aux femmes, nous sommes parfois tenté dans notre communication de tout passer au féminin… Pourtant, même si les hommes représentent une minorité, il s’agit d’une minorité forte et qui s’y intéresse vraiment.

 

7- Sur votre site, on peut lire qu’« Internet rapproche ». Comment vous y prenez-vous ?

Lorsque l’on a lancé Herbarium, on voulait renvoyer une image très pro et ne surtout pas montrer que l’on était une petite marque. On pensait qu’il fallait en dévoiler le moins possible, que ce soit en ce qui concerne les backstages ou la fabrication de nos herbiers.
Puis par la suite, on a fini par réaliser qu’il fallait en réalité prendre le contre-pied de cette communication trop propre et trop lisse, en faisant au contraire participer les gens à la construction et à la vie de la marque.

Par exemple, lorsqu’on a mis en place les ateliers - possibilité de fabriquer soi-même son herbier dans la boutique du 17e arrondissement - on avait peur de trop en dévoiler et finalement cela n’a fait que booster la désidérabilité d’Herbarium.

 
 

8- Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui s’installent, un peu newbe en déco ?

Se constituer une base avec des classiques et de belles matières, et suivre la mode pour les petits accessoires et les petits objets. 

 

9- Des objets déco que tu affectionnes particulièrement ?

Les luminaires de Giopato & Coombes et les mains en céramique de Main Edition

 

10- Qu’est-ce qui est essentiel selon toi dans un intérieur ?

La lumière !

 

11- Un détail déco qui change tout ? 

Un herbier Herbarium ! Le Faux Philodendron par exemple, mon préféré.

 
 

12- Un coup de cœur chez Adjamée ?

La collection Côte d’Ivoire ! J’adore le Bogolan blanc et ocre.

 
 

13- Avant de se quitter, que peut-on souhaiter à Herbarium pour l’année à venir ?

De continuer sur la lancée de 2018 qui était absolument géniale ! On a fêté nos deux ans en lançant un pop-up de Noël dans le Marais, on a agrandi l’équipe qui comprend maintenant une dizaine de personnes et surtout, quel bonheur de constater que des gens aiment notre marque et se l’approprient !

Ah si je sais en fait, nous sommes à la recherche de nouveaux bureaux dans Paris ;)

Talissa BachelotComment